Marsactu.fr - 15/06/2014

"Les nouvelles tours sont un signe de l’abandon de la rénovation du centre-ville"

Le collectif Pensons le matin consacre un débat matinal à la question des projets de tours sur le littoral marseillais. Phares de la métropole, emblêmes de la modernité, ces tours sont aussi le symbole d’une forme de spéculation et d’un risque de ségrégation sociale. Entretien avec Patrick Lacoste, militant d’Un centre ville pour tous.

Des tours poussent et d’autres tombent. Depuis plusieurs années, les chantiers financés par l’agence nationale de rénovation urbaine (Anru) font tomber les tours aux quatre coins des quartiers Nord de Marseille. Un bâtiment à la Savine, plusieurs au Plan d’Aou, un autre à la Busserine, une cité entière aux Créneaux. Ces immeubles de grande hauteur sont le symbole d’un urbanisme dont on ne veut plus plus, criminogène et anxiogène.

À l’inverse, sur le littoral, d’autres tours poussent en bouquet, symboles d’une entrée de plain-pied dans le cercle étroit des métropoles internationales. Immeuble de bureaux comme La Marseillaise ou de logements comme H99, elles témoignent de la dimension métropolitaine que veut acquérir la ville. Cet apparent paradoxe est au cœur de la nouvelle table ronde proposée par Pensons le matin. Une fois par mois, ces artistes, penseurs, intellos et militants se réunissent pour débattre d’un sujet qui interroge la ville. Ce débat réunit l’architecte Thierry Durousseau, spécialiste du patrimoine du XXè siècle, Fabrice Lextrait, qui a travaillé un temps au côté de Jean Nouvel qui signe une des tours promises à Arenc et enfin Jean Canton et Patrick Lacoste président et militant d’Un centre-ville pour tous qui co-organise le débat. 

"Nous sommes partis des trois tours en projet qui dessinent un nouveau front de mer, explique ce dernier, invité sur le plateau de Marsactu. Et ce alors même que l’Anru démolit des tours ailleurs dans la ville. Quels besoins a-t-on de bâtir en hauteur alors que la ville est peu dense par ailleurs ? Pour qui construit-on et à quel coût ?" Ce militant d’Un centre-ville pour tous pense que la sortie de terre d’une tour destinée à de l’habitat de luxe "à quelques centaines de mètres du Panier et juste à côté du quartier de la Joliette" risque d’être un facteur de ségrégation sociale supplémentaire. Les militants y voient le signe "de l’abandon de la rénovation du centre-ville" plutôt que le phare d’une métropole encore à venir. Pour l’heure, H99, un immeuble de logements de luxe, reste au point mort. D’abord parce que son destin urbain est lié à la tour de bureaux dite La Marseillaise qui fait l’objet d’un recours qui doit arriver devant la cour administrative d’appel d’ici la fin de l’année.

Or, ce recours a été déposé par des militants d’Un centre ville pour tous qui a attaqué la décision de la communauté urbaine de louer plusieurs étages de la tour pour y rassembler ses services. Ce faisant, la collectivité a permis au promoteur Marc Piétri de boucler en partie la commercialisation des bureaux et donc de démarrer les travaux... qui ne démarrent pas du fait du recours. "Nous considérons qu’il s’agit là d’un gaspillage de nos impôts locaux. La location de la tour pour 75 millions d’euros pour une durée de 12 ans n’apporte rien aux Marseillais puisqu’elle sera rendue au promoteur à l’issue du bail". Les militants comparent cet effort financier aux 500 logements sociaux construits par la Ville et la communauté urbaine en 2013, "digne d’une petite ville de 125 000 habitants".

Quel urbanisme pour Marseille ? Densification, verticalité et ségrégations, une table ronde aux grandes tables de la Friche samedi 14 juin à 9h30 avec Jean Canton, Patrick Lacoste, Jean Durousseau et Fabrice Lextrait.

Par Benoît Gilles, le 13 juin 2014

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