La Provence.com - 26/05/2010

Marseille : une vie dans la misère des squats

 
 
Certains démunis vivent depuis 10 ans dans ces taudis. Qui sont-ils ? Combien y a-t-il de squats à Marseille ?
 
C’est sûr, il dort debout. Son squat se dresse à un coin de rue, sous la passerelle de Plombières. Et comment ne pas penser que ce papy dort debout en voyant sa cabane qui a l’allure d’une cabine téléphonique, à la différence qu’elle est en bois. Il est environ 15h et Rahim, employé du Samu social, lui propose du chocolat et de l’eau. Sourire gêné et non poli du squatteur, figé devant cette demeure d’un autre siècle. "Il n’a jamais rien voulu", se désole presque Rahim. Demi-tour et retour dans le fourgon où il poursuit sa tournée des exclus et de squats.
 
Les squats. Combien y en a-t-il à Marseille ? C’est un monde mouvant qui sort de terre, se déplace, disparaît, renaît ailleurs. Une intervention de la police, une expulsion, un bulldozer et, hop ! Le squat est effacé de la carte. Pas celui de Marcel. Marcel ? À 70 ans, c’est le squatter "historique", qui ne craint ni les forces de l’ordre, ni les prédateurs immobiliers, ni les compagnons d’infortune qui voudraient le chasser. C’est que sa cabane est coincée sous la corniche. Inaccessible. C’est le Robinson Crusoé des squats, qui ne voit personne, simplement tenu en éveil par le ressac des vagues qui viennent frapper les rochers devant lui. "Oui, ça va, merci. La santé ? Pas de problème. Il y a un peu de vent, mais ça va, ça va."
 
La conversation avec Rahim, Marcel y est habitué. Et il prend volontiers l’eau, les friandises, les quelques produits qui lui rappellent la société d’en haut, sur la corniche. Là où passent des milliers d’automobilistes sans savoir que Marcel est accroché aux rochers depuis près de 10ans. Et ils semblent adorer le bord de mer, les squatteurs. À l’entrée du Vieux-Port, ils sont trois à avoir dressé une tente, une cuisine, une table, bien coincées contre un mur pour éviter qu’avec le mistral, toutes les pièces du logis ne se transforment en autant de cerfs-volants. Eux aussi acceptent la générosité du Samu social qui tourne inlassablement dans la ville, sept jours sur sept.
 
"Dans les squats, il y a des personnes âgées, raconte Rahim, boxeur-chauffeur, qui s’entraîne au Challenge boxing le matin et combat la misère l’après-midi. Très peu sont d’origine marseillaise. Il y a aussi des marginaux, des jeunes qui rejettent la société. Avec eux, tu ne discutes pas." Et il y a les Roms, 90% des squatteurs, vaste communauté d’ombres qui envahissent, la nuit, des hangars désaffectés, à l’entrée des quartiers nord. Où un car arriverait, chaque jeudi, de Roumanie, pour déverser un contingent de candidats à l’intégration. "Mais comment s’intégrer ?, s’interroge un chef de famille qui vit à Arenc, avec une quinzaine de personnes. Pour avoir un logement, il faut un travail. Pour avoir un travail, il faut des papiers. Pour avoir des papiers, il faut… ". Il faut, il faut, il faut… Et il faut avant tout un sacré moral pour vivre dans ces conditions.
 
"On a un groupe électrogène pour l’électricité et un poêle pour se chauffer. Chacun doit mettre un euro pour le combustible. C’est la règle." Une règle qui disparaît forcément quand disparaît le taudis. Et les Roms sont les plus exposés, car ce sont eux qui vivent dans les "gros volumes", condamnés à la démolition contrairement aux petits squats que constituent les maisons de villages. Le squat de la rue Caravelle, la rue la plus… sale de France, a disparu au pied de Felix-Pyat. Le squat de la rue Peysonnel, qui comptait bien une cinquantaine de locataires, a subi le même sort face au Dock des suds. Et les ombres s’effacent alors, glissant vers d’autres hangars en attendant que vienne rugir une nouvelle grue. "Mais de toute façon, ici, on est mieux qu’en Roumanie où on n’a même pas de toit."
 
Jean-Jacques Fiorito
Publié le mercredi 26 mai 2010 à 18H03

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