Marsactu.fr - 1er/06/2011

Marseille : l’avenue Camille Pelletan va-t-elle sortir de l’asphyxie ?


 Par Julien VINZENT le 31 mai 2011


Scène de tous les jours entre la porte d’Aix et la place Marceau, où un projet de requalification est actuellement soumis à enquête publique : une cinquantaine de voitures en double file pour ce tronçon de 250 mètres de l’avenue Camille Pelletan (3e), des bus qui font descendre les voyageurs sur le route et non à l’arrêt prévu car le couloir est occupé…


Couloir central sanctuarisé


Un constat partagé par Euroméditerranée, porteur du projet, puisque repris texto dans le dossier de l’enquête publique. Face à cette situation, la réponse, un chantier d’environ 3 millions d’euros prévu entre l’automne 2011 et 2012, est simple : passer le couloir de bus au milieu de l’avenue, le protéger par des plots en pierre hauts de 10 à 16 cm, et supprimer tout stationnement sur les trottoirs, élargis à 4 mètres et eux aussi délimités par des plots dignes de ce nom. Avec en contrepartie un parking souterrain de 400 places qui donnerait sur l’avenue.


De quoi fluidifier – jusqu’à quel point ? – la circulation, qui atteint 1000 véhicules par heure à la pointe du soir. Et mettre un coup de boost à la vitesse commerciale des six lignes de bus qui y passent. Mais la circulation au-delà de l’axe traité inquiète les riverains, par ailleurs plutôt satisfaits que l’on s’occupe de l’avenue- et d’avoir été consultés par Euroméditerranée. Même si c’est tout le secteur, à l’image du marché du Soleil, qui mériterait selon eux une attention accrue :


La débrouille des commerçants


Du côté des commerçants, qui occupe tous les rez-de-chaussée de l’avenue, le flou domine. Manque d’implication ? Peut-être pour quelques uns. Mais d’autres dénoncent le manque de concertation d’Euroméditerranée, pour un projet qui va tout de même chambouler toute la rue. Les problèmes pour les livraisons, certains les reconnaissent. Mais c’est surtout le fatalisme – teinté d’une dose de méfiance vis-à-vis de leur devenir, l’exemple de la rue de la République en tête – qui ressort : l’anarchie, ils la gèrent, ils s’y sont adaptés. Le transporteur vient, protégé par le bouclier des voitures en double file, puis repart.


Personne ne croit vraiment à l’efficacité des aires de livraison prévues, seules enclaves dans des trottoirs par ailleurs interdits. Aujourd’hui, lorsque les PV de stationnement pleuvent, ils ne faut pas longtemps pour que le glacis revienne. « Ce qu’il faudrait c’est une patrouille, là les couloirs de bus seraient libres et cela permettrait aussi d’éviter les vols de collier, les gens se sentiraient plus en sécurité », estime l’un d’eux. Président de l’association de commerçants Trait d’union, Jean Gaggiolo doute aussi de l’utilité d’un aménagement sans une présence publique plus forte :


+60% de circulation


 Autre interrogation, évoquée par Georges Sanchis : la perspective de conditions de circulation potentiellement aggravées. Tout d’abord parce que les prévisions font état d’une hausse du nombre de véhicules en heure de pointe le soir de 62% par rapport à aujourd’hui. Une analyse qui ne comprend pas ceux qui, sans passer par l’avenue Camille Pelletan, viendront buter sur l’une des deux embouchures : place Marceau et porte d’Aix. Pour cette dernière en particulier, où dans les croquis d’Euromed le rond-point géant actuel devrait régresser au profit de pavés réservés piétons, on voit mal comment on pourra éviter l’asphyxie, notamment avec le transit supplémentaire venu du Vieux-Port évoqué par Georges Sanchis.


Ce qui renvoie à un point saillant du dossier présenté : l’aggravation de la pollution atmosphérique et du bruit. Pour la première le bilan est peu reluisant : NO2 oscillant entre 42 et 53 microgrammes par m3 (µg/m3), quand la norme européenne est de 40, benzènes à entre 1,6 et 3,5 µg/m3, contre un seuil de 2 fixé par un décret français, particules flirtant avec le plafond européen de 40 µg/m3… Pour le second, l’ambiance étant déjà « très bruyante », l’évolution future n’est pas estimée comme « significative ». Noir foncé ou très foncé quelle différence ?


Vélo : la dernière roue du carrosse ?


La faute à un manque d’action en amont, avec par exemple des parking en périphérie de la ville, pour Paul di Roma, de l’Union départementale vie et nature 13, de passage pour consulter le dossier et échanger avec le commissaire enquêteur. Ce dernier s’étonne également de l’absence de vision globale de la trame circulatoire dans le secteur, pourtant complètement pris en charge par Euroméditerranée. Tout comme deux autres visiteurs de l’immeuble Communica, il regrette également l’absence de pistes cyclables.


Sans réponse à nos sollicitations d’Euroméditerranée, on se contentera des réponses apportées dans le dossier : « Les cyclistes seront orientés vers le parc urbain qui leur offrira de meilleures conditions de déplacement », explique le document. « Il y a des gens qui vont le faire, en famille, le dimanche, mais au quotidien, je me vois mal faire un détour par un parc, qui sera fermé le soir, alors qu’on a une voie linéaire qui prend 30 secondes« , réagit Michel Fornairon, chargé des questions d’aménagements cyclables au collectif Vélo en ville (voir la position complète ici et la proposition alternative d’aménagement là).


Pour l’association, qui a déposé en début d’année un recours au tribunal administratif en attendant d’avoir une réponse satisfaisante, le projet est emblématique de l’approche locale : « Comme on est intervenu, ils se retrouvent à bidouiller, car ils n’ont pas intégré dès le départ le vélo comme un des paramètres incontournables. »


Et de déplorer l’orientation que semble prendre la réponse d’Euromed : d’un côté une cohabitation avec les voitures qui, à cause de la segmentation des voies oblige à « se faufiler quand il y a des embouteillages et sinon à avoir la voiture derrière qui pousse au cul », et dans l’autre sens « une espèce d’innovation à la marseillaise » avec une piste cyclable entre le couloir de bus et une voie réservée aux voitures, qui posera selon lui des difficultés pour se réinsérer dans le trafic.


Un lien Le dossier est visible à l’immeuble Communica (2 place François Mireur 13001) jusqu’au 9 juin – date à laquelle sera également présent pour la dernière fois le commissaire enquêteur – et à la préfecture des Bouches-du-Rhône (bd Paul Peytral, porte 405).


Un lien Les « patrouilleurs » ou les renforts de police municipales annoncés viendront-ils rassurer les commerçants de Camille Pelletan ?


Un lien Autre projet où l’enquête publique s’est déroulée dans le plus grand silence des autorités, et où le traitement réservé au vélo est critiqué : le boulevard du Littoral, sur Marsactu

Voir les interviews sur Marsactu.fr

Lettre d'information

Vous pouvez vous abonner gratuitement ici à la liste de diffusion de Centre Ville Pour Tous.


Association "Centre ville pour tous"
Cité des Associations
BP n° 241
93, la Canebière
13001 Marseille

Contact

Mise à jour : lundi 10 juillet 2017 | Mentions légales | Suivre la vie du site RSS 2.0