La Provence.com - 28/12/2016

"Les pouvoirs publics doivent appliquer la loi"

 
Directeur régional de la fondation Abbé-Pierre, il rappelle aux autorités leurs responsabilités dans la lutte contre le drame du mal-logement

Qu’est-ce que le mal-logement ?

C’est lorsque votre droit à un logement décent, adapté à vos besoins, n’est pas au rendez-vous. Ça concerne aussi l’habitat insalubre et surtout, le logement trop cher. Aujourd’hui, les plus pauvres qui louent dans le privé dépensent en général plus de 50 % de leurs ressources pour habiter. Ce qui les met très souvent dans la difficulté : ne pas manger, ne pas se chauffer...

Ça concerne beaucoup de personnes, dans la région ?

Il y a à Marseille environ 36 000 demandeurs de logements sociaux, 72 000 dans les Bouches-du-Rhône et pratiquement 150 000 sur l’ensemble de la région Paca. À côté de ça, il y a aussi les gens qui habitent un logement qui n’en est pas un : hôtels meublés, mobile-homes... Il y a aussi tous ceux qui sont hébergés chez des tiers, principalement leur famille. Dans certains parcs HLM, on retrouve de plus en plus le phénomène qu’on connaissait sous l’Union soviétique, à Moscou, où trois familles, voire trois générations, vivaient dans le même logement. Cela existe aujourd’hui dans les immeubles les plus pauvres de notre ville, à Kallisté (15e), à La Castellane (16e)... Heureusement que la solidarité familiale continue à fonctionner !

Il existe aussi de nombreux squats et bidonvilles...

Le squat par nécessité s’est multiplié à Marseille. C’est parce qu’il n’y a aujourd’hui plus assez de places d’hébergement. Le SIAO (Service intégré d’accueil et d’orientation, NDLR) ne répond plus : quand vous téléphonez au 115 à partir de certaines heures, vous ne trouvez plus de places d’hébergement.

Du coup, beaucoup restent à la rue...

Ils sont assez nombreux, et composés, on va dire, de trois types de population. La première, ce sont toutes ces personnes qui sont aujourd’hui à la porte du logement pour des raisons économiques, de prix des loyers. Beaucoup travaillent pourtant. C’est une population sur laquelle on a intérêt aujourd’hui à intervenir parce que sinon ces personnes vont tomber dans la spirale du sans-abrisme. La deuxième, ce sont tous ceux qui sont précarisés sur le plan de la santé, sur le plan mental, parce qu’ils ont des problèmes psychologiques ou des problèmes d’addiction. Cette population comprend ceux que l’on aurait accueillis dans les années 1960 dans les hôpitaux psychiatriques. La troisième population est celle des sans-droits, notamment ceux qui ne sont pas vraiment en situation régulière sur le territoire français.

Comment venir à bout du mal-logement ?

Il faut une régulation des loyers et le respect d’un certain nombre de lois. À commencer par la loi SRU (Solidarité et renouvellement urbain), qui prévoit 20 % à 25 % de logements sociaux dans un certain nombre de communes de plus de 3 500 habitants. Aujourd’hui, on manque de logement social - qui, quoi qu’on en dise, est plutôt de qualité : il y a l’ensemble des conforts et le loyer correspond au besoin des personnes. Pour rattraper ce retard, la loi SRU a donc imposé une obligation. Le problème, c’est que sur les 146 communes de la région qui sont concernées (62 dans le département), 110 n’ont pas atteint leurs objectifs et 90 ont fait l’objet d’un constat de carence, c’est à dire qu’elles sont obligées de payer une amende. Plus des deux tiers de ces communes ne font le job, sont dans l’illégalité. Et règlent leurs amendes avec les impôts des gens...

La loi Dalo, sur le droit au logement opposable, n’est guère respectée non plus...

Officiellement, depuis 2007, les préfets doivent tout mettre en oeuvre pour reloger les personnes qui sont involontairement privées de logement ou qui en habitent un qui peut porter atteinte à leur santé, à leur sécurité ou dont la surface est trop faible. Il existe une circulaire de Mme Duflot (ex-ministre écologiste du Logement, NDLR) qui dit qu’il faut éviter d’expulser des personnes qui ont fait cette demande et attendre qu’un logement leur soit proposé. Mais même ça, ça n’est pas appliqué !

Les pouvoirs publics sont-ils plus réactifs en matière de lutte contre l’habitat indigne ?

Il faut construire des logements sociaux, mais on peut aussi tarir la source des demandes de relogement en réglant le problème de l’habitat insalubre. La loi française a un arsenal très intéressant en matière de lutte contre cet habitat indigne. Il permet de condamner pénalement les marchands de sommeil, voire même de leur confisquer les biens. Quand des propriétaires indélicats ou impécunieux logent des personnes dans des conditions inacceptables, la commune (voire l’État qui peut se substituer à elle) a le pouvoir de faire des travaux : c’est ce qui s’appelle des travaux d’office. Si on appliquait ces textes, ça serait très bien. Sauf que ça veut dire améliorer les moyens et accepter politiquement de mettre en oeuvre des mesures contre des propriétaires privés, qui sont quelques fois des notables.

Un dernier mot ?

Ce que nous supportons le moins, ce sont les expulsions domiciliaires, qui sont une atteinte à la dignité mais aussi à la santé psychologique des personnes qui les subissent. L’expulsion est le dernier des derniers des recours qu’on doit avoir. Et quand bien même on y arriverait, il faut que, à chaque fois qu’il y a une expulsion, une réponse adaptée à la situation des personnes soit trouvée. Pour nous, il y a désormais à appliquer cet adage : pas d’expulsion sans relogement.

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