20 minutes.com - 8/01/2017

Marseille : Loger des sans-abri permet de faire des économies

Mathilde Ceilles

 Publié le 10.01.2017 à 07:05
 Mis à jour le 10.01.2017 à 07:05

PRECARITE C’est ce que montre une étude menée par l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille…

    C’est un constat à contre-courant de certains préjugés. Après cinq ans d’expérimentation selon un processus scientifique rigoureux, une équipe scientifique de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille démontre que le fait d’offrir un logement à des sans-abri atteints de graves pathologies mentales permet de réaliser une économie de plusieurs milliers d’euros.

    En quoi consiste cette expérimentation ?

    Entre 2011 et la fin de l’année 2016, un programme expérimental a été mené dans cinq villes de France, dont la ville de Marseille. Inspiré de méthodes utilisées aux Etats-Unis, ce programme, intitulé « Un chez soi d’abord », consiste à proposer un logement à des sans-abri atteints de schizophrénie et de bipolarité. En effet, 30 % des sans-abri sont atteints de troubles psychiques.

    Dans la cité phocéenne, 200 sans-abri volontaires ont pris part à l’expérience. La moitié a bénéficié d’un logement en sous-location après tirage au sort. « L’idée est de pouvoir faire un comparatif à la fin de l’expérience entre les deux groupes de personnes », explique le docteur Pascal Auquier, professeur de santé publique et de médecine sociale à la faculté de médecine de Marseille et coordinateur du projet.

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    « On leur fournit un logement pérenne, et non un hébergement d’urgence. Cette dernière solution ne fait qu’accentuer la précarité », avance le docteur Vincent Girard, psychiatre partie prenante du projet.

    Les personnes logées bénéficient en outre d’un accompagnement de la Haute autorité de santé (HAS), qui va de l’aide matérielle à la mise en relation avec des structures spécialisées pour trouver un emploi.

    Quels sont les résultats ?

    « 63 % des volontaires ayant été logés sont sortis de la précarité, puisqu’ils ont aujourd’hui suffisamment de moyens pour être locataire d’un appartement », se réjouit Sylvie Katchadourian, directrice du pôle santé habitat à la HAS. L’état de santé de ces personnes s’est de plus amélioré.

    Surtout, ce dispositif permet de faire des économies. « En pratique, ces personnes sont moins souvent hospitalisées, puisque l’hospitalisation était aussi un moyen d’être logé », note Pascal Auquier. « Ce qui coûte cher, ce sont les dispositifs d’urgence : les personnes vont appeler les pompiers, être prise en charge par les urgences… », ajoute Sylvie Katchadourian. Bilan de l’opération : « chaque personne logée coûte 14.000 euros à l’Etat, alors que chaque personne malade qui dort dans la rue engendre une dépense de 17.000 euros », indique Pascal Auquier.

    Le dispositif va-t-il être étendu ?

    Au vu de ces résultats positifs, le gouvernement a décidé le 3 janvier dernier d’étendre le dispositif à l’ensemble du territoire. « Le logement, droit fondamental, sert de tremplin pour faciliter les soins et l’inclusion sociale », note le ministère du Logement et le ministère de la Santé et des Affaires Sociales dans un communiqué.

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