Marsactu.fr - 29/01/2013

Le directeur de Marseille Aménagement s’arrête, pas l’enquête

Pot de départ

Alors que le directeur de Marseille Aménagement, Charles Boumendil, part à la retraite, le rapport de la Chambre régionale des comptes concernant cette société d’économie mixte est toujours en cours de rédaction. Or, les premières observations provisoires sont plutôt sévères sur le rôle de l’ancien directeur général.

BG

Vendredi dernier, le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, présentait ses voeux aux personnels de l’Agence d’urbanisme (Agam) et à ceux des deux sociétés d’aménagement la Soléam et Marseille Aménagement. Enième étape d’un marathon de discours, la cérémonie est l’occasion pour le maire d’évoquer la fusion prochaine des deux aménageurs "mieux adaptée à nos ambitions de développement urbain". Urbain justement, il a un mot gentil pour le patron de l’Agam et pour celui de la Soléam. A son côté sur le podium, la présidente de Marseille Aménagement, Dominique Vlasto, piaffe. Le maire semble oublier un homme un peu caché dans les premiers rangs.

Il ne joue pas des épaules et pourtant, depuis 1998, Charles Boumendil était le directeur de Marseille Aménagement, qui a piloté des opérations comme la rénovation du centre-ville de Marseille ou le palais omnisports de la Capelette. "Etait" puisque son départ à la retraite est effectif depuis quelques jours. Le maire ne l’oublie finalement pas : "Je veux dire à Charles Boumendil toute ma reconnaissance". Un peu court comme compliment pour quelqu’un qui a piloté le bras armé de la Ville en matière d’aménagement après avoir oeuvré au cabinet du maire en 1995.

Gaudin : "Rien n’est sorti"

Le couplet suivant n’est pas plus engageant : "On ne nous laisse rien passer. Quand la maire d’Aix dit que Marseille est mal gérée, je le prends mal : on a d’abord le contrôle de la légalité, ensuite la Chambre régionale des comptes passe tout à la radioscopie. Si ça ne suffit pas, il y a la cour des comptes et enfin le Tribunal de grande instance. Depuis 17 ans que je suis maire, nous n’avons pas été épargné par ce genre de critique et pourtant rien n’est sorti".

L’argumentaire est réchauffé et pourtant il est d’actualité. En effet, depuis 2010, la Chambre régionale des comptes a inscrit à son programme de travail la vérification des comptes de la société d’économie mixte Marseille Aménagement. Les magistrats ont entendu les principaux protagonistes au printemps 2011. Une version provisoire du rapport devrait parvenir aux intéressés au début de cette année pour qu’ils y apportent leur réponse. Le volet concernant la gouvernance et les finances a déjà été commenté dans la presse et l’analyse était plutôt sévère pour Charles Boumendil.

Le rapport dresse en creux le portrait d’un homme à la fois aux ordres du cabinet du maire et omnipotent dans la structure qu’il dirigeait. La chambre ne lui reproche pas sa présence au conseil d’administration "normale et même souhaitable" mais qu’il ne quitte jamais la pièce même quand il y est question de sa nomination ou de la fixation de sa rémunération. Mais Charles Boumendil ne siège pas seul. Il y est accompagné de la directrice financière qui siège à ses côtés en tant que secrétaire du comité d’entreprise. Et tant pis si celle-ci n’a pas été correctement désignée en tant que représentante du CE et qu’elle s’exprime exclusivement en tant que directrice financière.

Conseil d’administration fantôme

Du reste, le DG de Marseille Aménagement est rarement contredit par son conseil d’administration. Sa nomination au poste de directeur général en 2003 n’a fait l’objet d’aucun débat ni même d’une question. La Chambre s’étonne même de l’étendue des pouvoirs qui sont conférés au directeur alors qu’à l’inverse ceux qui sont de la compétence réservée du conseil d’administration doivent faire l’objet d’un vote à la majorité qualifiée bien plus contraignant. Mais, visiblement, aucun membre du conseil d’administration ne s’est ému d’une telle pratique.

Car, au sein de la SEM, on ne s’embarrasse pas avec les arguments juridiques. Ainsi certains procès-verbaux des conseils d’administration de 2008 n’ont toujours pas été signés, sans que le directeur apporte à la chambre de réponse convaincante à ce manquement. Il se contentant de pointer que c’était le fait du président de l’époque, Philippe San Marco, mais sans joindre le moindre document à l’appui de cette affirmation, ainsi que le note la Chambre.

Charles Boumendil est tout aussi léger sur la dénomination de ses deux bras droits. Ils se voient gratifiés du titre de Directeur général adjoint, une fonction qui selon la loi n’existe plus et qui est remplacé par le terme de Directeur général délégué. Or, une telle nomination doit faire l’objet d’une décision du conseil d’administration, ce qui n’a jamais été le cas. Dans le rapport provisoire, la Chambre sort les caractères gras pour demander à ce que soit mis un terme à cette confusion terminologique persistante. Ce ne sont pas les deux directeurs qui vont regimber. L’un d’eux a vu sa rémunération progresser de 58% entre 2002 et 2009, c’est à dire trois fois plus vite que les sept autres cadres dirigeants. Le même a bénéficié d’un véhicule de fonction "sans que le conseil d’administration ait été appelé à l’autoriser".

Parkings et voitures de collection

Cette générosité du DG n’a pas de limite puisqu’il est investi de tous les pouvoirs en matière de traitement, salaires et gratification. Ainsi les primes exceptionnelles sont versées aux agents de manière "informelle". Or celles-ci peuvent grimper jusqu’à 2748 euros en 2008 et concernent presque exclusivement des cadres : 28 sur 31 la même année. Charles Boumendil sait être généreux : il l’est pour les places de parking pour ses salariés. La société en loue 22 en centre-ville notamment pour des voitures de service qui n’apparaissent dans aucun bilan financier. Pire, une ancienne directrice financière disposait de deux places dans deux parking différents avant que la Chambre vienne mettre son nez là-dedans.

Et comme la générosité bien ordonnée commence par soi-même, la chambre note que la Marseille Aménagement a pris en charge le cocktail pour 300 personnes au Palais du Pharo organisé pour la remise de la légion d’honneur à Charles Boumendil par Jean-Claude Gaudin en mars 2008. Or la douloureuse s’élevait tout de même à 8000 euros.

Même tendance dispendieuse quelques mois plus tard, quand la société prend intégralement en charge "le coût de la participation de 130 personnes (...) organisée pour le grand prix historique de Marseille" qui consiste à voir défiler des voitures anciennes dont Charles Boumendil est un passionné. Là encore, la facture est salée : 13 000 euros que l’intéressé justifie par l’invitation de ses clients à cette soirée. La chambre note avec une certaine ironie : "Le rapport entre Marseille Aménagement et un grand prix de voitures anciennes n’apparaît pas avec évidence". L’histoire ne dit pas si Charles Boumendil a remboursé ces dépenses ou si la Ville a considéré qu’il s’agissait là d’un cadeau de départ.

Par Benoît Gilles, le 29 janvier 2013

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