La Marseillaise - 8/06/2011

Bien loin d’un état des lieux de sortie… de crise

Logement


Il manquerait 900 000 logements pour répondre aux besoins les plus urgents, tandis que les difficultés de paiement et le mal logement toucheraient dix millions de personnes. Photo LS
Il manquerait 900 000 logements pour répondre aux besoins les plus urgents, tandis que les difficultés de paiement et le mal logement toucheraient dix millions de personnes. Photo LS
Inadéquation entre offre et demande, cherté des loyers, rareté du foncier, désengagement de l’Etat et logique de marché inadaptée à la question du logement : ce sont les principaux éléments de constat d’une crise qui touche pas moins d’un Français sur six.


Se doter des bonnes clés pour expulser la crise du logement : c’est, ni plus ni moins, le pari ambitieux que se sont fixés les 26 et 27 mai dernier les élus du pays d’Aubagne et de l’Etoile, dans les Bouches-du-Rhône, en organisant des rencontres nationales sur le sujet. Un débat d’idées en prélude à la rédaction d’un futur pacte, amené à intégrer le programme de la gauche à la présidentielle de 2012. Une sorte de traitement de choc, pour un pays qui a mal à son logement…
Mais comme tout médecin qui se respecte, avant de déterminer le remède, il fallait d’abord délivrer un diagnostic. Et aux dires de tous les intervenants ayant répondu à l’appel aubagnais, celui-ci est sans appel : « La crise du logement que connaît la France n’est pas conjoncturelle et passagère. On se heurte plutôt à une incapacité structurelle à répondre à la demande », analyse ainsi Lionel Primault, membre du collectif Jeudi noir. Une crise de l’offre. C’est en effet bien là que réside d’abord le problème. Pour Denis Burckel, du think tank progressiste Terra Nova, elle est « quantitativement insuffisante pas rapport aux attentes dans les zones dites "tendues". » A savoir l’Ile-de-France, Paca, Lyon ou Lille, ou encore plusieurs départements côtiers du Languedoc et de l’Atlantique.



A la location comme à la vente, les prix flambent
 


Tension « qui résulte d’un rythme de construction trop faible par rapport à la démographie » et aux évolutions sociologiques : familles monoparentales, recomposées, exode rural, vieillissement... Ainsi, selon la Confédération nationale du logement (CNL), « il manque au moins 900 000 logements dans notre pays pour répondre aux besoins les plus urgents, dont 800 000 locatifs sociaux ».
Rareté impliquant donc forcément cherté… Un deuxième élément de constat souvent évoqué lors de ces deux jours. Car le niveau des loyers ne cesse d’augmenter, alourdissant d’autant la charge des ménages, contraints bien souvent à un taux d’effort trop important. En moyenne, il s’évalue à 25% du revenu disponible. Pour un ménage payé au Smic, « cela représente même près de la moitié de son budget », pointe du doigt Marie-Noëlle Lienemann, ancien ministre du Logement et présidente de la Fédération nationale des sociétés coopératives d’HLM. Ainsi, « la texture du salariat fait que plus de la moitié de la population ne remplit pas les critères classiques de l’accès au logement », assène de son côté Jean-Luc Berho, président de l’Association pour l’accès aux garanties des risques locatifs. Les prix à la vente ne connaissent pas meilleur lot : selon Marie-Noëlle Lienemann, « ils ont augmenté de 500% en 30 ans, contre 35% seulement pour le prix de la construction »…
Cause majeure de cet état des lieux, la rareté du foncier disponible, qui s’acquiert aujourd’hui à prix d’or... Et force est de constater que les pouvoirs publics, malgré la mise en place d’EPFR* éprouvent des difficultés à maîtriser le foncier de façon suffisante. Peu de villes, aux dires de Bernard Oliver, président de l’AROHLM Paca et Corse, ont anticipé la question. Un bon exemple en la matière : « Montpellier et Rennes qui, trente ans auparavant, avaient bloqué du foncier, pour le revendre plus tard à des bailleurs sociaux »… Cela reste des cas isolés. Pour Thierry Moallic, de l’Agence départementale d’information sur le logement (Adil) des Bouches-du-Rhône, les élus locaux n’ont pas assez de latitude d’intervention en la matière, et « devraient se voir attribuer les rênes de l’entièreté de la question du logement ».
Mais un transfert de compétences sans les moyens, une nouvelle fois ? Ce d’autant qu’à l’échelle nationale, le bât fait plus que blesser. Les finances affectées au logement sont aujourd’hui inférieures à 2% du PIB et chutent de façon récurrente. En 2008, elles atteignaient faiblement les 1,54% du PIB… Désengagement qui se traduit de différentes façons, indique Jean-Louis Berho : « Le 1% logement qui se trouve en déficit chronique, la loi Molle », qui a revu le budget dédié à l’habitat à la baisse de 7%, et les crédits alloués au logement social de 30%… « Sur la question de la rénovation urbaine également, l’Etat s’est retiré sur la pointe des pieds. »



Restaurer un modèle français



Mais cette crise du logement est aussi et enfin celle d’un modèle économique « inapproprié et transféré vers un marché lui-même de plus en plus financiarisé », analyse Stéphane Peu, président de Plaine Commune Habitat et maire-adjoint de Saint-Denis. Or, « tous les pays qui ont fait une confiance aveugle au marché sont en crise aujourd’hui », affirme l’élu, qui préconise une restauration du modèle social français, quitte à « accepter de s’affranchir » pour cela des « contraintes européennes ».
Autant de raisons qui conduisent à « une explosion des impayés de loyers, du nombre d’accédants à la propriété en difficulté de paiement et du mal logement en général », conclut la CNL. Et les chiffres, une fois encore, sont éloquents : selon l’organisme, cet état de fait concerne près de 10 millions de personnes, aujourd’hui en France. « On remarque un élargissement des catégories de populations concernées par la crise, de même que des difficultés de logement, qui vont du non logement (camping à l’année, utilisation de caves ou de parkings) à l’absence de logement propre (hébergement par un tiers, hôtels) aux mauvaises conditions de logement », analyse quant à lui Christophe Robert, directeur général adjoint de la Fondation Abbé-Pierre. Dix millions de personnes en situation de souffrance. Rien de moins qu’un Français sur six…
*Etablissements publics fonciers régionaux.


Reportage
Carole Signes



08-06-2011

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