Le Monde.fr - 4/11/2016

La droite et le logement sur un mode très libéral


Très similaires, les propositions des candidats à la primaire ignorent les politiques pratiquées par des pays comparables comme l’Allemagne, une nation de locataires où il est moins coûteux de se loger.

 

03.11.2016 à 06h42

• Mis à jour le

03.11.2016 à 08h00

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La lecture du chapitre « Logement » des programmes des candidats à la primaire de la droite est décevante. Les idées, copiées-collées les unes des autres, sont puisées au registre classique libéral : la propriété pour tous ; la remise en question de la loi pour l’Accès au logement et un urbanisme rénové (Alur) et celle de la régulation des loyers du privé. Quant aux HLM, elles doivent rester cantonnées à loger les plus pauvres sans concurrencer les bailleurs privés.

Le diagnostic est, en amont, bien superficiel et le regard demeure franco-français, ignorant des politiques de pays comparables comme l’Allemagne, nation de locataires où le logement est bon marché, et le Royaume-Uni, qui rencontre des difficultés encore plus aiguës que la France pour loger les jeunes et les pauvres.

La critique la plus acerbe de ces programmes vient du patron de Nexity, Alain Dinin. « Les candidats ont bien quelques solutions techniques, souligne ce promoteur, agent immobilier, syndic de copropriétés et gérant locatif, mais ils font l’impasse sur les sujets de société majeurs : faut-il vraiment encourager la propriété au risque d’empêcher la mobilité dans le travail et d’immobiliser d’importants capitaux ? Faut-il favoriser la copropriété qui, avec son lourd processus de décision, empêche la rénovation énergétique des immeubles ? Quid du logement des familles monoparentales et des divorcés, de plus en plus nombreux ? Comment concevoir des logements pour une population vieillissante, faciliter la cohabitation intergénérationnelle dans un même immeuble, organiser le vivre-ensemble dans les zones urbaines, casser les ghettos, instiller de la mixité sociale, accueillir les réfugiés ?… »

L’Allemagne, palme de la modération

Une autre question, qui taraude les entrepreneurs du bâtiment, est restée sans réponse : comment réduire la fracture territoriale entre métropoles, où se concentre la richesse, et zones rurales qui accumulent vacance des logements, désindustrialisation, fermeture des commerces et disparition des services publics ?

Pourquoi, en outre, encourager la propriété qui, durant les mandats de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy, a marqué le pas, la cherté du logement empêchant les jeunes d’y accéder ? M. Sarkozy s’en est même inquiété. « Les enfants des classes moyennes ne peuvent plus acheter et devenir propriétaires. Cela participe d’un sentiment de déclassement », a-t-il affirmé, le 10 octobre, devant les agents immobiliers du réseau Orpi.

Sur ce point, il manque, dans le programme des candidats de droite, un diagnostic sur la situation du logement en France, un des pays développés où il est le plus cher, voire inabordable. Une étude Deloitte de juillet 2016 a calculé qu’il est possible, avec 200 000 euros, d’acheter 97 mètres carrés en Allemagne mais 50 seulement en France et 39 au Royaume-Uni. A Londres même, on ne s’offre, pour ce prix-là, que 11 mètres carrés, 25 à Paris et 42 en Ile-de-France, contre 63 à Berlin.

Plus explicite encore est l’indicateur qui mesure et compare le nombre d’années de salaire à investir pour acquérir, dans divers pays, un logement moyen de 70 mètres carrés. L’Allemagne décroche de nouveau la palme de la modération, avec 3,3 ans, contre 8 ans en France, 8,2 en Russie et presque 11, le record, au Royaume-Uni.

« Construire plus »

Pour plusieurs candidats de droite, la cherté du logement est une conséquence de sa pénurie et c’est pourquoi il faudrait, comme le suggère Alain Juppé, « construire plus et soutenir les maires bâtisseurs », dont il est, à Bordeaux, un exemple.

Mais les comparaisons internationales battent cette idée en brèche. La France est dotée d’un parc de logements abondant, de plus de 500 logements pour mille habitants, et, avec six logements bâtis, par an, pour mille habitants, construit beaucoup plus que le Royaume-Uni (2,4) ou l’Allemagne (3,1).

Il n’y a donc pas de lien entre la production de logements et leur prix, dont l’évolution est plus dépendante du crédit, si généreusement distribué qu’il a un effet inflationniste. Pour mémoire, la libéralisation du crédit en France fut concomitante à la forte appréciation des prix, qui ont plus que doublé entre 1997 et 2015, leur folle course ayant été à peine freinée par la crise financière de 2008.

Au Royaume-Uni, le conservateur David Cameron avait, en 2010, repris l’objectif thatchérien d’une « nation de propriétaires » et créé, en 2013, le «  help to buy  » dont M. Sarkozy s’inspire aujourd’hui, un prêt à taux zéro garanti par le Trésor et destiné aux primo-accédants. Son succès avait été immédiat, puisqu’il a relancé les transactions outre-Manche mais, malheureusement, il a dopé les prix, tandis que la construction restait anémique, à moins de 100 000 logements construits en 2014.

Rééquilibrer les rapports entre bailleurs et locataires

Aujourd’hui même, l’Allemagne, dont les prix immobiliers sont restés sages, commence à subir une inflation inquiétante, de 6 % en 2015, et envisage non pas de subventionner les accédants mais de restreindre le crédit, en exigeant un apport personnel minimal et en fixant une durée maximale d’emprunt, histoire de dégonfler la bulle immobilière naissante.

Tous les candidats de droite veulent développer le parc locatif privé en soutenant les investisseurs et en abolissant l’encadrement des loyers, en vigueur à Paris et bientôt dans sa petite couronne qui, selon François Fillon, aurait fait fuir 130 000 investisseurs de ce marché.

Ils entendent rééquilibrer les rapports entre bailleurs et locataires, qu’ils jugent bien trop favorables à ce dernier. Là encore, l’exemple de l’Allemagne les contredit : les locataires, d’ailleurs majoritaires, y sont, dans un marché fluide, très protégés, avec des loyers dûment plafonnés selon le système dont s’est, précisément, inspiré Cécile Duflot, alors ministre du logement.

Isabelle Rey-Lefebvre

 

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