Secours catholique - 23/12/2008

Marseille lève le voile sur l’indigne

    

Nombreuses sont les habitations qui cachent leur indignité sous le panache de Marseille et des Bouches-du-Rhône. L’opération Dalo du Vieux Port s’est efforcée de tirer leurs occupants de la honte et de la peur.
Le Bus “Dalo” arbore son slogan “Un toit c’est un droit” sur le Vieux Port de Marseille. Des touristes américains se renseignent auprès d’un animateur du Secours Catholique : à quelle heure la visite de la ville démarre-t-elle ? Les Américains ne connaissent pas la loi Dalo. Mais les Marseillais non plus ! C’est la raison de la présence du bus dans leur ville, pour deux jours. Une conférence de presse est organisée le premier jour par la Fondation Abbé-Pierre et le Secours Catholique.
Le lendemain, les Marseillais informés par leurs médias des possibilités que leur ouvre la loi sur le droit au logement opposable, affluent aux portes du bus. En répondant à leurs questions, les bénévoles et les responsables des deux associations ont la confirmation de l’ampleur du logement indigne à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône. « On estime à 66 400 le nombre de ménages logés dans le parc privé potentiellement indigne », révèle un document de la Fondation Abbé-Pierre.
Rendue invisible, presque secrète par les personnes qui en sont victimes, cette indignité locative émerge furtivement au pied du bus. Les personnes en situation d’insalubrité, d’habitat non décent ou dangereux, de surpopulation, sont nombreuses à lever le voile. Ces victimes ont peur d’être reconnues. Elles évitent les photographes, refusent les visites à leur domicile. Elles ont peur que leur famille apprenne la réalité de leur situation, peur surtout d’avoir des ennuis avec leurs propriétaires. Un comble ! Elles acceptent toutefois d’appeler la permanence téléphonique mise en place par les associations, pour être orientées vers des cellules d’aide au dépôt de recours fondés sur le droit au logement opposable.
Un bénéficiaire du RMI refuse même de donner son prénom. Il vit dans une chambre d’hôtel meublé sale, dépourvue d’eau chaude, avec douche “infecte” sur le palier, qu’il loue 300 euros. Il se renseigne. Il « veut avoir comme tout le monde un logement décent ». Il a entrepris une demande de logement social mais elle est “bloquée”, dit-il, par des quittances de loyer anciennes et un avis de non-imposition qu’il ne peut pas fournir. La situation est trop floue pour qu’il obtienne une réponse immédiate. Il repart avec le numéro de la permanence téléphonique Dalo de Marseille.
L’insalubrité pose d’ailleurs un problème particulier. Des lois antérieures au droit opposable imposent aux propriétaires de mettre aux normes les logements qu’ils louent ou de reloger leurs locataires. Les commissions de médiation pourraient ne pas reconnaître le caractère “prioritaire et urgent” de ces situations pour ne pas risquer de dédouaner les propriétaires de leurs obligations. De plus, signale un travailleur social, « des caves louées 600 euros à Marseille ne donnent pas lieu à procédures officielles d’insalubrité ou de péril, pour éviter que la responsabilité de ces situations retombe sur les pouvoirs publics ».

Pièces sans fenêtre.

Une femme de pêcheur vit dans un grand deux-pièces privé loué 600 euros par mois, avec son mari et ses trois enfants de 13 à 18 ans. La chambre n’a pas de fenêtre, une particularité d’anciens appartements des grands ports de la côte (voir Messages de novembre 2007 concernant La Ciotat). « On ne peut pas vivre comme ça », se désespère cette mère. Elle a fait, dit-elle, des demandes aux élus, à la préfecture, sans résultat. Elle ne connaissait pas l’existence de la loi Dalo qui, probablement, la rend prioritaire pour un relogement.
Une autre dame habite un taudis. Elle est sans nouvelles de son recours déposé il y a trois mois auprès de la commission de médiation. De fait, la commission des Bouches-du-Rhône, débordée, n’avait délivré, à fin août, un accusé de réception qu’à 48 % des demandeurs, et n’avait examiné que 43 % des dossiers, révèle la Fondation Abbé-Pierre. Peut-être manque-t-il au dossier de cette personne des preuves de l’insalubrité du logement. Un accueillant du bus lui donne le numéro de téléphone de “SOS taudis”, pour un constat.
Christelle se présente avec un jeune garçon. Elle est dans une situation intenable. Elle abrite ses trois frères et sœurs mineurs dans un studio de 25 mètres carrés. Elle a arrêté ses études pour s’occuper d’eux après le décès de l’un de ses parents. Elle perçoit heureusement des prestations familiales, mais elle craint que l’allocation logement (300 euros) ne lui soit supprimée pour cause de suroccupation du studio (moins de 9 m² disponibles par personne). La jeune femme peut manifestement bénéficier de la loi Dalo en raison de la surface habitable insuffisante du logement. Elle ne le savait pas. Elle prend rendez-vous avec la déléguée de Marseille du Secours Catholique pour être aidée dans ses démarches.


Gagner du temps.

Paulette, pimpante retraitée de 72 ans, réussissait à payer son loyer de 315 euros avec ses 730 euros de retraite et son allocation logement de 137 euros. « Je fais des économies sur l’alimentation pour payer mon toit », explique-t-elle. Cela ne suffit pas à assurer son avenir. Son propriétaire n’a pas renouvelé le bail, pour vendre son appartement. « C’est son droit, reconnaît Paulette, mais j’estime aussi avoir le droit d’être logée. » Paulette a fait une demande de logement social il y a cinq mois (une attente de trente mois sans solution est demandée dans les Bouches-du-Rhône pour bénéficier, à ce titre, d’un logement Dalo…).
Sans réponse des organismes d’HLM, Paulette démarche courageusement les agences, estimant « être fiable » et « pouvoir payer un loyer ». Elle espère pouvoir franchir l’obstacle de la caution, qu’elle devra verser avant d’avoir récupéré celle de sa précédente location. Mais elle se heurte à une barrière plus élevée : l’exigence d’un “garant” qui se substituerait à elle en cas de non-paiement de son loyer. « Ils vous bombardent de ce mot-clé, garant, garant ! » s’exaspère Paulette.
Fatih Bouaroua, de la Fondation Abbé-Pierre, vient à son secours : « Vous avez reçu votre congé il y a plus de six mois, votre bail est résilié même si vous continuez à payer un loyer ou une indemnité d’occupation. Vous êtes menacée d’expulsion, vous rentrez donc dans le cadre des publics prioritaires de la loi Dalo pour un relogement », évalue-t-il. Il ajoute un précieux conseil pour gagner du temps : le recours à la justice. Les délais que la loi permet au juge d’accorder, avant décision judiciaire d’expulsion, peuvent faire gagner plusieurs années à Paulette. Celle-ci n’en demande pas tant. Elle est même prête à partir habiter en dehors de Marseille… pourvu qu’on la laisse tranquille avec cette maudite exigence de garant !

François Tcherkessof

 
mise en ligne : 23-12-2008

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