La Provence.com - 15/02/2016

Le Marseille des cités se livre


L’expo "Vivre Marseille aujourd’hui" présentée à l’Alcazar immortalise la mémoire des habitants et des quartiers

Ici, c’est trop petit. J’ai envie de déménager n’importe où, loin de ce bloc", disait Halima, habitante de la Renaude (13e) en 2009. "Je voudrais que les bâtiments soient repeints pour être multicolores, pour voir la vie en rose", lâchaient en 2012 les jeunes Amna et Halima depuis Picon-Busserine (14e). "On ne se verrait pas ailleurs. C’est la campagne à 8 kilomètres du centre de Marseille", confiaient en 2013 Josette et Robert, résidants du Vallon des Tuves (15e).

Pas moins de 125 témoignages écrits et photographiques sont présentés jusqu’au 19 mars à l’Alcazar, réunis dans l’exposition Vivre Marseille aujourd’hui. Réalisé par l’association Regards croisés, ce recueil d’instants de vie est le fruit de treize ans de travaux menés sur le logement dans des quartiers comme la Savine, la Solidarité, la Busserine, Baou de Sormiou, la Cayolle, Ruisseau Mirabeau, Kalliste, Belsunce...

"Nous avons travaillé dès 2003 sur les Logements en déshérence à Marseille, autour des caravanes, copropriétés dégradées et hôtels meublés à Belsunce, explique l’auteur Karine Bergami. En 2010, nous avons proposé aux partenaires de la rénovation urbaine Parcours résidentiels, parcours de vie : il nous semblait intéressant de nous pencher sur le regard des habitants à l’heure de la transformation de leur lieu de vie, dans une des villes d’Europe qui compte le plus grand nombre de projets de rénovation."

"L’attachement au lieu de vie est très fort"

Le financement croisé de l’opération (1) a permis à l’association de préserver son indépendance "essentielle car il n’était pas question de travestir la parole des habitants." Pour chaque cité, contact a été pris avec les centres sociaux et associations (amicale des locataires, association de femmes...), "puis les portes se sont ouvertes, les langues déliées, les visages montrés." Chaque témoignage et photo, n’a été consigné qu’après validation de celui ou celle qui a accepté de se livrer. Le résultat va à l’encontre de tous les clichés.

"L’attachement au lieu de vie est très fort, c’est un socle très important pour chacun, qui va à l’encontre de tous les a priori qu’ont les gens qui ne vont pas dans ces cités et j’ai trouvé cette humanité très belle", souligne la photographe Sylvie Fraissard, qui note avoir reçu une palette très variée de points de vue : "Il y a ceux qui vivaient mal la rénovation et leur départ du quartier, ceux qui au contraire étaient ravis de saisir l’occasion pour quitter un appartement vétuste, ceux encore qui n’avaient pas d’avis sur la question."

De 2010 à 2015, les travaux menés dans les cités ont fait l’objet d’une restitution in situ. "C’est important pour nous comme pour les habitants qu’aujourd’hui ces textes et images sortent des quartiers pour profiter d’une visibilité grand public", se réjouit Sylvie Fraissard. À voir les visiteurs de l’Alcazar se pencher sur chaque portrait, découvrir les panoramas exceptionnels qu’offrent les hauteurs des quartiers Nord, tenter de deviner où se trouve telle ou telle cité, dont ils ne connaissaient jusqu’alors que le nom, le pari est gagné.


(1) Les deux projets ont été financés par le Cucs, la politique de la ville, la Région, l’Agence nationale de la rénovation urbaine, la Ville de Marseille, Marseille rénovation urbaine, le Département, l’Armée du Salut et des bailleurs sociaux (Logirem, Fondation Logirem, Marseille Habitat...).

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