La Provence.com - 15/01/2016

A-t-on tué le commerce en centre-ville de Marseille ?

 

La question volontairement polémique agite néanmoins les professionnels comme les clients

Avec l’arrivée ces dernières années voire ces derniers mois de mastodontes tels que Les Terrasses du Port ou de vaisseaux plus modestes comme les Voûtes de la Major ou Les Docks, quel poids économique pèsent encore les artères historiques de l’hyper centre-ville de Marseille. La question sans cesse posée mérite réflexion, surtout si l’on songe à la sortie de terre l’année prochaine du futur Centre commercial au pied du stade Vélodrome, au renouveau de Grand Littoral depuis l’arrivée de Primark et la rénovation de la galerie commerciale, ainsi que de l’attractivité des pôles historiques comme Plan-de-Campagne, La Valentine et même Aubagne.

Dans cette volonté de contrer une évasion commerciale provoquée en d’autres temps, les politiques marseillais ne sont-ils pas allés trop vite au détriment de ceux qu’on appelle "trop vulgairement" les "petits commerçants" ? Alors que leur présence sur le territoire comme en centre-ville constitue un tissu prépondérant pour les habitants qui n’aiment rien tant que des animations, des rassemblements, de la joie de vivre.

Si les élus contestent être allés trop vite et trop fort - malgré l’échec de Bleu Capelette qui n’atteindra jamais la dimension évoquée jadis - en soulignant aussi bien les réussites commerciales de ces dernières années et l’attention portée pour que perdure le dynamisme des rues Saint-Ferréol, Paradis et Rome, des voix s’élèvent pour fustiger ce parti pris en dénonçant le turnover des enseignes, les rideaux fermés ou encore l’attente interminable pour faire de la rue de la République un axe commerçant majeur. Le débat éternel est donc toujours d’actualité, qui trouve ci-dessous des voix discordantes entre l’adjointe au commerce et le président de Terre de commerce.


Solange Biaggi, adjointe (LR) au commerce : "Il y a des investisseurs dans le centre !"

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"Mon objectif est que le commerce du centre-ville et de l’hyper centre-ville prospère. Depuis 2006, on a fait à peu près 480 millions d’euros (M€) de chiffre d’affaires sur le centre-ville élargi. En 2014, on avait déjà gagné 250 M€. On ne pouvait pas rester sur un petit centre-ville à trois rues. Mais on ne pouvait pas non plus ne pas faire de travaux. Nous l’avons donc agrandi en montant jusqu’à Castellane, en haut de la Canebière, à La Joliette en restructurant les rues de la République et Saint-Ferréol. La rue Paradis sera rénovée en 2017. Il fallait conforter, agrandir et valoriser l’hyper centre, c’est ce que nous avons fait. 2 autres projets très importants ont été menés, à commencer par l’embellissement du Vieux-Port. Dans le cadre de l’opération grand centre-ville, nous avons également mis en route le ravalement des façades.

Concernant le commerce, vous noterez que l’augmentation de la fréquentation aura été de plus de 80 % pendant les fêtes. Des boutiques ancestrales qui ont beaucoup souffert pendant les travaux ont retrouvé le sourire, notamment grâce aux touristes. La ligne de tramway nouvellement créée (T3 : Castellane-Joliette-Arenc) est aussi celle qui fonctionne le mieux sur l’ensemble du réseau. Beaucoup de petits commerces se sont installés Certains ferment mais d’autres ouvrent et c’est la loi du commerce. Il y a un renouvellement constant mais une activité très importante à l’instar du Centre Bourse qui investit 80 M€ pour se refaire une beauté. Il y a toujours des investisseurs dans l’hyper centre !

S’il était mort, plus personne ne viendrait. Je ne suis pas du tout inquiète même si je reconnais qu’il s’agit d’un combat de tous les jours. Quand on investit sur l’espace public, on sait que la fréquentation est au rendez-vous ainsi que les investisseurs. C’est mécanique mais ce n’est jamais fini, comme une maison qui se dégrade si vous ne l’entretenez pas. Je note enfin que la population jeune comme âgée revient dans l’hyper centre pour des raisons différentes. Il faut donc poursuivre cette politique."


Jean-Luc Gosse, président de terre de commerce : "On prend des décisions sans nous"

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"Les commerçants indépendants n’ont pas su se préparer aux mutations du monde de la distribution, parce qu’il y a eu une réorganisation du mode de vente par Internet, ou aux modes de consommation des clients. Le commerçant est souvent isolé et pas forcément regroupé en association ou en fédération permettant d’anticiper les problèmes et d’y remédier. Par essence, le commerçant traditionnel est aussi plutôt en réaction qu’en anticipation. Concernant l’évolution économique, les commerçants sont de plus en plus fragilisés par une concurrence plus importante et déloyale sur certains modes de diffusion. Les charges, les contraintes ne sont pas les mêmes. Autre souci, le sens de circulation et le stationnement qui permettent au commerce d’exister. On harmonise les transports et on réaménage le centre-ville de manière à amener plus de fluidité dans la déambulation.

Tout cela va dans le bon sens. La problématique ici, c’est qu’il s’agit d’une ville très enclavée. Le stationnement dans le centre-ville est difficile. Le problème, ce n’est pas le nombre de parkings mais leur coût horaire. Marseille a besoin d’évoluer, mais je déplore de manière générale qu’on soulève des problèmes une fois qu’on a pris des décisions car on ne fait pas participer les personnes concernées par ces évolutions nécessaires. Le commerce résiste bien sûr, mais on a de plus en plus de magasins de grandes marques. On a tué le commerçant multi-marques.

En déambulant dans les rues désormais, on voit de plus en plus de franchises, de magasins de marques et plus de petits commerçants qui savaient véritablement vous conseiller au sein de différentes marques par rapport à des besoins personnels. On standardise la consommation et les besoins. J’aimerais en 2016 que, quand un grand groupe s’installe dans un quartier, par exemple une supérette, elle s’inquiète de ce que ses voisins font. Il ne faut pas arriver en terrain conquis, mais respecter son voisin et apporter une complémentarité. Avec de la discussion, des accords sont possibles."

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