Marsactu.fr - 17/01/2015

"La métropole ne doit pas être la centrifugeuse de la pauvreté"

Depuis 2013, trois associations spécialisées dans l’insertion organisent les assises régionales de l’urgence sociale. Sur notre plateau, Fathi Bouaroua évoque les travaux de ces assises sur les question d’accès aux soins. Il revient également sur la politique actuelle du logement et les effets que la métropole pourrait avoir sur la pauvreté.

Chaque hiver, la pauvreté revient au premier plan. Comme si elle disparaissait de notre champ de vision une fois sortis les premiers bourgeons du printemps. Or, la problématique de la misère extrême est une urgence tout au long de l’année. Chaque année, depuis 2013, l’Uriopps, la Fnars et la fondation Abbé Pierre organisent les états généraux de l’urgence sociale. Le 9 décembre dernier, ces assises s’étaient données pour thème "l’accès aux soins dans l’urgence sociale", une thématique violemment éclairée par des faits d’actualité marseillais.

"En effet, il a beaucoup été question de la carte mise en place par la Ville lors de ces assises", explique Fathi Bouaroua, le directeur régional de la fondation Abbé Pierre, invité sur notre plateau. La fondation Abbé Pierre a accompagné l’association de sans-abri, baptisée le Jugement dernier, dans sa dénonciation du dispositif mis en place par le Samu social avec un financement de la fondation AG2R-La Mondiale. Cette carte destinée à être visible portait la mention de données personnelles et, au verso, un triangle jaune doté de connotations funestes. Devant le tollé provoqué, la Ville avait retiré le projet. 

"Comme d’autres, nous étions invités lors de la présentation publique de ce dispositif, reprend Fathi Bouaroua. À l’époque, il s’agissait d’une carte destinée aux personnels de santé pour les aider dans leur prise en charge des personnes sans abri. À aucun moment, il avait été question que cette carte soit visible et qu’elle présente un logo de cette sorte. Ce sont les sans-abris eux-mêmes qui nous ont alertés." Cette polémique n’a pas totalement obscurci les réflexions de fond notamment portées par la chercheuse Sandrine Musso, auteure d’un rapport intitulé Rapport à soi, rapport au monde : ce que la santé nous permet d’observer.

La place des sans abri dans la ville

Les assises ont également été l’occasion d’interroger la place des sans-abri dans l’espace urbain marseillais à partir des travaux de l’urbaniste Chantal Deckmyn. "Ces travaux sur Marseille tendent à prouver que l’espace public où les sans abris peuvent trouver refuge ont tendance à rétrécir. Notamment parce qu’on construit de plus en plus de résidences fermées. Cela pousse ces personnes à marcher plus de quatre heures par jour". En effet, selon Fathi Bouaroua, ces dernières ont une certaine réticence à emprunter les transports en commun du fait de la réticence des autres usagers. "Ce n’est pas quelque chose que l’on constate à Paris. Parce que là-bas, il existe une dizaine de bains-douches où ces derniers peuvent se laver".

Au-delà des questions d’urgence sociale, la gestion des personnes sans domicile interroge toute la chaîne du logement. Une thématique qui concerne directement la métropole en cours de débat au Sénat. "Nous serons attentifs à ce que cette métropole ne soit pas la centrifugeuse de la pauvreté. C’est ce qui s’est passé lors de la création des premières communautés urbaines à Lyon ou Bordeaux. Les centres villes populaires se sont vidés au profit des banlieues." D’un autre côté, il craint que la métropole soit encore une strate qui éloigne les administrés du lieu de décision. D’un autre côté, les maires qui se battent pour continuer à disposer du plan local d’urbanisme ne font pas preuve d’un grand volontarisme pour respecter les 25% de logements sociaux prévus par la loi Alur

Par Benoît Gilles, le 15 janvier 2015

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