La Provence.com - 3/02/2017

Marseille : les audaces locatives d’un marchand de sommeil


La justice a estimé que l’immeuble dont il était propriétaire au numéro 69 du boulevard de Plombières (Marseille 3e), relevait de l’habitat indigne

Il est un peu maladroit, juste ce qu’il faut pour être désagréable avec le tribunal, juste ce qu’il faut pour l’être envers ses victimes. Mais a-t-il réellement pris la mesure de ce qu’il risque ? Norbert Elbaz, 56 ans, n’a pas eu hier le moindre mot pour ceux qu’il a hébergés entre 2009 et 2013 dans des conditions pour le moins insalubres. Il a beau répéter à la barre : "Je ne me rendais pas compte de l’importance des travaux à réaliser" ou bien "Je n’ai jamais pensé que cet immeuble avait un caractère insalubre", on a l’impression d’être face à un politique qui débiterait des tranches d’éléments de langage pour échapper aux questions gênantes. "C’était du bricolage !", l’apostrophe la présidente du tribunal, Anouk Bonnet.

La justice a estimé que l’immeuble dont il était propriétaire au numéro 69 du boulevard de Plombières (Marseille 3e), relevait de l’habitat indigne. Six famillles, treize enfants dont un bébé, contraints, aux divers étages, de vivre sans chauffage, parfois sans eau chaude, sans électricité aux normes, sans système de ventilation, avec des infiltrations au plafond, des murs gorgés d’eau, parfois en l’absence de fenêtres ou alors en très mauvais état, jusqu’à ces rats et ces immondices qui couraient dans la cage d’escaliers. Non, on ne revisite pas Les Misérables, on est à Plombières, à Marseille, à l’orée du XXIe siècle. "J’ai peut-être manqué de lucidité à ce moment-là . J’étais étranglé par les difficultés financières", assure-t-il sans s’étrangler de scrupules... Douze comptes bancaires, une quinzaine d’appartements à son nom, qu’il louait à loisir et qui lui rapportaient selon ses dires 42 000 euros annuels. Bien "qu’étranglé", Norbert Elbaz a continué à acheter des appartements. Le 24 septembre 2012, le préfet a pris un arrêté d’insalubrité. Le marchand de sommeil a joué la montre, fait pression sur ses locataires, prétexté, comme il l’a fait hier à l’audience, des menaces de l’un, des mensonges de l’autre.

"Vous auriez fait dormir vos enfants dans des appartements pareils ?"

Les loyers étaient pourtant de 500 à 650 €, payés par les allocations logement, et quand ils n’étaient pas dûment réglés, Norbert Elbaz menaçait de mettre ses locataires à la porte. Il n’empêche. L’homme se pose presque en victime. Il explique qu’il est père de trois enfants, il est aussi agent de maîtrise chez Orange. "Vous auriez fait dormir vos enfants dans des appartements pareils ?", l’interroge, un rien corrosive, la présidente Bonnet.

Une des victimes avait pourtant saisi le tribunal d’instance dès 2006 pour faire entendre sa cause et solliciter humblement quelques travaux de rénovation. Mais en vain. En son nom, Me Julia Cavé rappelle que près de 4 millions de personnes sont considérées comme mal logées en France, si l’on en croit le récent rapport de la Fondation Abbé-Pierre. Le procureur Ludovic Leclerc pointe le "contraste saisissant" entre la situation patrimoniale du prévenu et la maigreur des efforts consentis.

Et question de faire trembler encore un peu ce marchand de sommeil qui ne dormait pas sur la route, il lui rappelle qu’il encourt dix ans de prison. Il réclame trois ans, dont deux avec sursis. "Est-ce qu’il est salaud totalement ou salaud pas totalement ?", s’agace Me Fabrice Labi, son avocat. Selon lui, s’il a fait peu d’efforts dans cet immeuble, il en a rénové d’autres, rue de Lyon (15e) et boulevard National (3e). Finalement, Norbert Elbaz a échappé à la prison ferme. Il a écopé de deux ans avec sursis, d’une amende de 50 000 € et de la confiscation des loyers saisis sur ses comptes.

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