Le Monde.fr - 28/11/2009

Remontée des prix dans l’immobilier : vraie ou fausse reprise ?

 
"Nous observons, depuis août, un léger sursaut du nombre de transactions et des prix", confirme Pierre Bazaille, chargé de la conjoncture immobilière pour les Notaires de France. "Alors qu’au plus fort de la crise, début 2009, nous ne nous attendions pas à réaliser plus de 500 000 ventes, nous devrions achever l’année avec 530 000, peut-être même 550 000 transactions. C’est mieux que prévu, mais cela reste toutefois très en retrait des records de 2006 ou 2007, avec plus de 800 000 ventes", ajoute-t-il. Mais pour Laurent Vimont, président du réseau d’agences Century 21 : "On ne retrouvera pas avant longtemps ces niveaux de ventes anormalement élevés dans ces années de surchauffe."
 
Dans leurs chiffres publiés jeudi 26 novembre, les notaires franciliens notent aussi "une indiscutable rupture" puisqu’ils ont conclu deux fois plus de ventes qu’au premier trimestre.
A Paris, les prix ont, entre le troisième et le deuxième trimestre, remonté de 1,4 %, ramenant ainsi le recul annuel à 7,2 %, alors que les experts tablaient sur une baisse, pour 2009, de 10 %. Les studios et deux-pièces sont plébiscités par les parents pour leurs enfants étudiants, et par les investisseurs échaudés par leur expérience en Bourse. "Un beau studio de 35 m2, dans le 19e arrondissement de Paris, a trouvé preneur en quelques jours, à 155 000 euros", témoigne Benoît Martin, de l’agence locale Laforêt. En banlieue parisienne, Boulogne-Billancourt voit, entre juin et octobre, ses valeurs se redresser de 3,4 %, Courbevoie de 4,5 %, Rueil-Malmaison de 8 %, Créteil de 4 % et Montreuil de 12,7 %, sans, cependant, retrouver les sommets de 2008.
 
La tendance à la baisse des prix, entamée fin 2008, s’essouffle voire s’inverse dans toute la France. Les 800 agences du réseau Laforêt, par exemple, constatent une hausse des prix de 3 %, entre juin et novembre 2009. "Nos délais de vente raccourcissent, passant de trois à deux mois, et les vendeurs sont plus réalistes sur leurs prétentions", détaille M. Vimont. Quant aux acheteurs qui avaient différé leur projet, ils ne peuvent attendre indéfiniment.
 
Toulouse, Bordeaux, Montpellier, Lyon connaissent, elles, une reprise sélective qui disqualifie les appartements des années 1960 et 1970, trop énergivores. Quelques villes et régions restent à l’écart du mouvement de hausse, telle Rouen, désertée, comme la Normandie, par les Britanniques et où les transactions au-delà de 250 000 euros sont bloquées. "A Marseille, un appartement, qui se vendait 250 000 euros en 2007, trouve aujourd’hui péniblement preneur à 225 000 euros, et 80 % de la clientèle n’envisage pas de dépasser 180 000 euros", constate Christian Massari de l’agence Laforêt. "Les deux seules maisons de Boulogne-sur-Mer de plus de 250 000 euros ont été achetées par des joueurs de football dont les revenus ont triplé grâce à la montée de leur club en ligue 1 !", raconte Marc El-Horich, de l’agence Era Côte d’Opale. Grenoble souffre de difficultés industrielles, pesant sur l’emploi et la demande de logements. Les prix continuent aussi de fléchir de 10 % dans les Alpes-Maritimes, délaissées par ses clients italiens, russes et scandinaves.
 
En plus des primo-accédants et des investisseurs, qui animent de nouveau le marché, les professionnels enregistrent un timide retour de propriétaires ayant besoin de vendre un premier bien pour en acheter un second, qui représentaient, aux beaux jours, jusqu’à 60 % des acheteurs. Ceux-ci sont dotés de plus gros budgets et négocient âprement. Ainsi, une belle propriété des Monts d’Or, à l’ouest de Lyon, a trouvé preneur à 800 000 euros, après un rabais de 15 %. Un appartement parisien, avec vue sur les Buttes-Chaumont, mis en vente 695 000 euros, est, après un an, parti à 565 000 euros.
 
Autre signe de reprise : l’encours des crédits à l’habitat a, entre septembre 2008 et septembre 2009, progressé de 4 %. La crise financière paraissant jugulée, les banques se livrent une concurrence féroce et auraient même, depuis l’été, recommencé à prêter à perte. "Les acquéreurs profitent des conditions favorables de crédit et nous voyons réapparaître des prêts-relais et des crédits sur quarante ans", remarque M. Vimont.
Les professionnels ne se laissent toutefois pas griser par cette éclaircie. Ils redoutent même que la hausse des prix ne décourage à nouveau les candidats, un peu déboussolés.
A peine amorcé, le reflux des prix est-il déjà étouffé ? En 2008, l’indice des prix des logements anciens a encore progressé de 1,3 % Ainsi, le recul se limiterait en 2009 à moins de 10 % selon les notaires, voire de 5 % pour le réseau Laforêt. "Le marché se cherche, dans un mouvement d’essuie-glace entre pessimisme et optimisme, hausse et baisse des prix, et l’année 2010 devrait être sans grand relief", pronostiquent Bernard de Crémiers et Patrick Michel Khider, cofondateurs de Laforêt.
 
Mathilde Lemoine, économiste à HSBC, prédit, sous l’effet de la montée du chômage, une rechute accompagnée d’une nouvelle baisse des prix de 2 % en 2010.
Néanmoins, cette embellie a permis aux 20 000 agents immobiliers de limiter la casse avec une perte d’effectifs contenue à 10 %. Sur 800 points de vente, le réseau Laforêt a dû en fermer une soixantaine entre 2008 et 2009, 180 pour Nexity, avec ses marques Century 21 et Guy Hocquet. "Nos honoraires sont trop élevés, reconnaissent les fondateurs de Laforêt. Cela est dû à notre mode de rémunération, où nous ne sommes payés que pour les transactions signées, si bien que l’acheteur paie pour tous les autres clients qui n’ont pas conclu leur projet." Ces professionnels souhaiteraient pouvoir facturer leurs services, expertises et diagnostiques, comme dans l’immobilier d’entreprise.
 
Isabelle Rey-Lefebvre
 
 
Ouverture du "chantier des statistiques"
 
Lorsque le secrétaire d’Etat au logement, Benoist Apparu, a pris ses fonctions, en juin, il s’est vite aperçu que son administration ne disposait d’aucun outil statistique, en particulier sur les prix. Il a souhaité combler ce handicap, pénalisant en peine crise immobilière. Avec deux autres ministres - Christine Lagarde (économie), Jean-Louis Borloo (écologie, énergie et développement durable) -, il a chargé le Conseil national de l’information statistique (CNIS) de faire, d’ici à fin 2009, des propositions pour la création d’un observatoire conjoncturel. Un groupe de travail associant notamment des universitaires, sous la houlette de Bernard Vorms, directeur de l’Agence nationale d’information sur le logement, est déjà au travail. Les notaires, qui produisent les statistiques les plus fiables, servant au calcul de l’indice des prix publié par l’Insee, ont, eux, déjà constitué une base recensant les prix conclus dès la promesse de vente, sans attendre l’acte lui-même, ce qui permet de gagner quelques mois.
 
LE MONDE | 26.11.09 | 14h17 • Mis à jour le 26.11.09 | 22h39
 
 
 

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