Libération.fr - 23/06/2001

Le juge fait cauchemarder le marchand de sommeil.

 
A Marseille, le gérant d’un hôtel meublé insalubre réclamait l’expulsion des occupants. Il devra les reloger.
 
Marseille de notre correspondant
 
Sale temps pour les marchands de sommeil. Un gérant d’hôtel meublé insalubre, qui avait saisi la justice pour faire expulser ses locataires, a été sommé d’arrêter d’encaisser leurs loyers, condamné à les reloger dans un délai de deux mois et à leur payer les trois premiers mois de loyer dans leur nouveau logement. Pour cette décision en référé, prononcée mercredi 20 juin, le président du tribunal de grande instance de Marseille, René Salomon, s’est appuyé sur la loi dite SRU (solidarité et renouvellement urbains) du 13 décembre 2000, qui oblige les logeurs à reloger leurs locataires lorsqu’ils font l’objet d’un arrêté de fermeture pour raisons de sécurité. Et l’hôtel Bardo, situé à Belsunce, un quartier dégradé du centre-ville de Marseille, a justement été frappé, en mai 1998, d’un arrêté municipal de fermeture, pour « non-conformité aux règles de sécurité et danger pour la sécurité des personnes ». Les locataires y paient 600 à 700 F par personne pour une cham bre vétuste dans un petit immeuble qui ne comprend ni douches, ni eau chaude, ni chauffage.
 
Référé. Comme le gestionnaire des lieux, la société Zvitex, n’a pas donné suite à l’arrêté de fermeture, un PV d’infraction lui est notifié, le 7 octobre 1999. Le 20 octobre 1999, la quinzaine de locataires reçoit une lettre, signée d’un anonyme « responsable », leur commandant de quitter les lieux dans les dix jours, sous menace d’un recours à « l’intervention des forces publiques ». Mais certains des locataires, des travailleurs immigrés isolés assez âgés, la plupart en invalidité ou à la retraite, restent, jusqu’en mars 2001, quand six d’entre eux sont assignés en référé, pour être expulsés.
 
Lors de l’audience, le 30 mai, Zvitex se désiste, mais c’est trop tard : l’avocate des locataires, Me Chantal Bourglan, a déposé une demande reconventionnelle et la procédure se retourne contre Zvitex. La société, spécialisée dans le textile, est gérée par un frère de Zvi Ammar, le président du Consistoire israélite de Marseille, qui nous a assuré hier que « la décision de justice sera appliquée en intégralité ». « Je dis à mon frère de mettre le paquet, mais ça me fait très mal quand on parle de Zvitex et de mon frère comme des marchands de sommeil », explique Zvi Ammar.
 
Pour Zvi Ammar, les six personnes qui sont restées dans le meublé « ont été récupérées politiquement ». C’est que l’hôtel Bardo se trouve dans un quartier voué à une réhabilitation contestée. « On n’y veut plus d’une certaine catégorie de population », indique Me Bourglan. Déjà, dans les années 70, le maire socialiste Gaston Defferre avait fait de la « rénovation » du centre-ville ­ sous-entendu, l’éloignement des populations immigrées ­ un de ses objectifs. L’objectif est toujours d’actualité. Et le système, implacable. D’un côté, les propriétaires savent qu’ils vendront mieux si les logements sont vides. De l’autre, l’aménageur Marseille Aménagement, société d’économie mixte, « a aussi intérêt à ce que l’immeuble lui soit vendu vidé de ses occupants, que sinon il devrait reloger conformément à la loi », affirme l’association Un centre-ville pour tous, proche de la gauche.
 
« Hypocrisie ». Marseille Aménagement et la Ville de Marseille (DL-RPR) démentent exercer des pressions en ce sens. Mais elles n’utilisent pas l’expropriation, et, pour l’hôtel Bardo, « c’est un cercle vicieux », regrette Zvi Ammar, entre le propriétaire des murs (Zvitex ne détenait que le fonds de commerce), qui ne veut pas vendre tant qu’il y a des locataires, et l’aménageur, qui ne veut pas exproprier. « Il faut arrêter cette hypocrisie collective, affirme Zvi Ammar. Comment mon frère peut-il trouver un endroit pour reloger ses locataires à 500 F par mois ? C’est impossible. Ces personnes doivent être relogées dans des conditions décentes, mais c’est aux pouvoirs publics de le faire. ».
 
HENRY Michel
 
Société 23/06/2001 à 01h20

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