Marsactu.fr - 25/10/2013

"Les artistes jouent parfois le rôle de facilitateur de la gentrification"

Durant trois jours, l’association Pensons le matin propose une rencontre intitulée "La ville à l’épreuve de la démocratie" à la Friche Belle de Mai du 25 au 27 octobre. Membre du collectif, le sociologue Christophe Apprill détaille le programme de ces rencontres inédites qui interrogent les relations entre ville, culture et démocratie.

Tendre un miroir à la ville, en cette année de capitale culturelle. On pourrait résumer par cette formule la rencontre intitulée "La ville à l’épreuve de la démocratie", proposée par l’association Pensons le matin du 25 au 27 octobre à la Friche Belle de Mai. Créée à l’initiative d’opérateurs culturels, d’artistes, de militants associatifs et de chercheurs, cette association se veut un espace de réflexion et de débat citoyen sur le lien entre culture, gentrification et les multiples formes de ségrégation urbaine.

"Notre idée est de développer une pensée - même si mot est ambitieux - qui ne soit pas monopolisée par les experts mais ouverte au plus grand nombre", précise Christophe Apprill. Ce sociologue, spécialiste de la danse, travaille au sein du centre de recherche Norbert Elias - de l’antenne marseillaise de l’Ecole des hautes études en sciences sociales - où il s’intéresse tout particulièrement à la place et aux effets de la culture sur la ville. Une position complexe comme le rôle que l’artiste joue dans l’espace urbain, en intervenant notamment dans le processus de gentrification. Ce terme anglo-saxon décrit un phénomène international : des quartiers, souvent centraux, habités par des couches populaires voient leur population modifiée sous l’effet de la pression foncière. Les plus pauvres ne peuvent plus payer leur loyer et en sont chassés. Arrive alors le temps de la rénovation, de la spéculation immobilière "puis la recolonisation par des classes sociales supérieures" de ces mêmes quartiers. Ce phénomène est sensible à Marseille dans des quartiers comme le Panier, Belsunce, la Belle de Mai ou dernièrement Saint-Mauront.

La culture, facteur de clivages

Ainsi, un peu malgré eux, "les artistes jouent parfois le rôle de facilitateurs de ce processus la gentrification", estime Christophe Apprill. Cela est particulièrement sensible dans les friches industrielles. Une fois les usines fermées, ces vastes espaces sont réinvestis par des artistes qui trouvent là de vastes espaces à moindre coût. Ce changement de fonction entraîne une augmentation des prix du m2 autour et le processus décrit plus haut. De fait, les classes populaires se retrouvent doublement exclues, à la fois d’un point de vue foncier et de l’offre culturelle. "On entend souvent dans les quartiers, ce n’est pas pour nous. La culture qui serait censée abolir les frontières et être facteur d’émancipation se retrouve être un facteur de clivage, de séparation, de segmentation".

Cette question ne sera pas la seule débattue durant les trois jours de rencontre qui débutent ce vendredi. Les organisateurs ont pris soin d’élargir le propos en ouvrant les rencontres par un colloque international intitulé "fabriquer la ville" et qui met Marseille en perspective avec des représentants turcs et allemands "qui viendront parler notamment des villes d’Istanbul et de Hambourg". Cette volonté d’interroger la façon dont la ville se fabrique s’opère en confrontant des points de vue différents, de faire discussion. Entre balades urbaines et visites d’expositions, le programme du samedi interroge plus spécifiquement la place de la culture dans la ville et le sens des politiques culturelles. Enfin, le dimanche, on pourra retrouver Christophe Apprill en modérateur d’un débat entre l’architecte Aykut Köksal et la philosophe Joëlle Zask, philosophe.

Entrée libre à toutes les rencontres et débats. Places limitées pour les balades urbaines. Renseignements et inscriptions : pensonslematin@gmail.com

Par Benoît Gilles, le 24 octobre 2013

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