La Marseillaise - 23/10/2008

En attendant les croisières, la rue se vide

Rue de la République, à Marseille

Le dernier boucher, le dernier pressing, le dernier poissonnier, le dernier caviste…ont fermé. Le bus lui-même ne fait plus le lien jusqu’au Vieux Port. 
 
Portes cadenassées, rideaux de fer baissés... l’image de la rue de la République n’est sans doute pas celle attendue par la municipalité. De vente en revente, les investisseurs privés n’ont qu’un objectif : engranger les profits.

Vue du Vieux Port, elle rutile, l’artère marseillaise. Son bel éclairage, ses façades redorées, ses enseignes de magasins franchisés, de sape, de pompes. Mais passé les Impôts, place Sadi Carnot, tout vire au gris, l’artère se bouche. Le trafic routier reste complexe, avec ses mini espaces de livraison, d’autres promis en supplément mais cédés aux emplacements pour le Vélo sans qu’il n’y ait de piste cyclable. Des portes d’immeubles cadenassées, des rideaux de fer baissés, des appartements vidés, squattés. Jusqu’aux néons qui ne brillent plus du même éclat. Un sur deux seulement ressemble à ceux du premier tronçon de la rue de la République, dans le premier arrondissement. La réhabilitation s’est arrêtée là.
 Mais sur cette partie en instance, la rue indique ses intentions. A coup de petites pancartes pour la vente d’un appartement non rénové, à coup de gros panneaux de promesse de milliers de mètres carrés de surfaces commerciales. A l’angle de la rue de l’évêché, au fond d’un des deux derniers dépôts de presse de la rue, Laétitia Allégrini explique : « On est arrivé ici en 1996, La rue n’a jamais été très brillante d’aspect mais elle était vivante. » Connue pour ses épiceries asiatiques, elle regorgeait de magasins de proximité bon marché. Mais le dernier boucher, le dernier pressing, le dernier poissonnier, le dernier caviste…ont fermé. Le bus lui-même ne fait plus le lien jusqu’au Vieux Port que le tram évite. « A l’époque on était neuf dépositaires de presse sur le quartier. Les autres sont partis. On aurait dû gagner leur clientèle. Or nous avons fait nos plus belles années jusqu’en 2004. Avec les travaux, on a plongé. Là, c’est stable, mais, on n’a jamais retrouvé ces chiffres ». Après avoir supporté les travaux d’aménagement pour le tramway, rempli son dossier de dédommagement encore en souffrance et être passée à côté de la réhabilitation, la présidente de l’association des commerçants du quartier Joliette dresse un constat amer : « ils nous ont dit qu’ils voulaient faire venir une clientèle haut de gamme, mais nous on veut juste une clientèle ».
 Plus loin, le patron d’une sandwicherie est furieux. Installé depuis peu, il menace de repartir. Entre les anciens commerçants et les nouveaux, les loyers passent du simple au double, voire au triple. On nage en plein brouillard.
 Pas plus clair du côté des locataires. Car on y vit encore, même peu nombreux et sans autres voisins que des courants d’air. « On ne sait plus à qui s’adresser tellement les propriétaires et gestionnaires changent, lâche un locataire, même eux, ils se trompent d’îlot, de porte d’immeuble, quand ils passent. Ici, nous n’avons plus d’entretien des communs. Voilà ce qui a changé pour nous avant et après réhabilitation ».
 D’autres habitants risquent encore de partir. Pas par choix. « J’ai une vingtaine de dossiers semblables qui arrivent », alerte Vincent Abad, de l’association Solidarité Mieux Vivre. Nedjima, avait la chance de louer 5230 euros par an un T3 de 100m2 au 59 rue Forbin. Mais ANF, son nouveau propriétaire, qui a succédé à Eurazéo, qui a succédé à Rue Impériale, ayant elle-même succédé à la Société immobilière marseillaise, l’assigne au tribunal. Et ce, parce que sans avoir épousseté un gramme de poussière de son appartement, il lui propose un changement de bail à 12 426 euros annuels…qu’elle ne peut assumer. C’est qu’ici, « on cumule plusieurs questions, apprécie Laetitia Allégrini , immobilière et financière, la voirie, le tout forme une question politique : qu’est-ce qu’on veut vraiment faire de la rue de la République ? Car enfin, il y faut bien que des gens y vivent ! »
Un découpage incompréhensible.
 Les interrogations foisonnent autour de la rue de la Rép’. Et les réponses sont inaudibles. Le découpage de la rue paraît même incompréhensible. Chaque document officiel (délibérations du conseil municipal notamment) se réfère pourtant à des « lots » mais personne n’est fichu de définir à qui ils appartiennent. Et encore moins d’en fournir une cartographie, à l’exception de Maat Conseil, cabinet d’expertise chargé par Atemi de trouver un ou des bailleurs sociaux pour l’achat de 124 logements !
 A Euromed, on sait par exemple que « le quartier République compte 5200 logements et 120.000m2 de commerces. Les deux gros propriétaires sont Atemi (avec 766 appartements et 30.000m2 de commerces) et ANF (avec 1300 appartements et 35.000m2 de commerces plus quelques bureaux). Le reste appartient à des petits propriétaires ».
 La confusion règne aussi sur le nombre de logements sociaux qui composeront la rue. « Il faudra respecter la règle des tiers : un tiers de logements libres, un autre à prix maîtrisés et un dernier de logements sociaux », prévient le conseiller municipal Yves Moraine (UMP) répondant au nom de Rollad Blum, premier adjoint. Mais tout dépend de la grosseur de tiers ! Et surtout de ce que l’on y met…
 Quand bien même Atemi se tourne vers des bailleurs sociaux pour la vente de 124 appartements, cela ne signifie pas pour autant que République gardera son identité populaire. Le bas de l’artère (côté Vieux-Port) accueille désormais des enseignes de renom, voire de luxe. Au final : « la rue de la République devra faire le lien entre le Vieux Port et son affluence de croisiéristes et la Joliette », juge Yves Moraine. De quoi rassurer l’élu : Atemi commercialise ses nouveaux logements autour de 4000 euros le mètre carré ! Un tarif sans doute plus accessible aux croisiéristes…
 Quant aux logements prévus pour la location (qui seront revendus à des bailleurs sociaux), « une partie sera du logement social avec le 1% patronal et le reste sera du libre plafonné (en dessous de 10 euros du m2) », d’après Jean Naem, président de Maat Conseil. Or selon une étude de ce cabinet datée de septembre 2008, les loyers sur la zone s’élèvent de 3,12 euros par m2 à 5,78 euros.
 Vu les écarts de loyers, pas sûr qu’au bout du compte - après réhabilitation - la population reste la même. Ce qui ne serait peut-être pas du goût des croisiéristes chers à la majorité municipale. « Pourtant il vaut mieux une madame BenMohamed qui paie son loyer que pas de locataire du tout », tonne Nordine Abouakil de l’association « Centre-ville pour tous ».
 La crise financière pourrait bien lui donner raison. n

Reportage
Myriam Guillaume
et Marjolaine Dihl

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