Le Monde.fr - 22/09/2009

Une nouvelle chance pour Marseille


A Arenc, quartier de la zone portuaire, le prolongement de la ligne de tramway vers l’ancienne gare SNCF est en chantier. Au pied des docks réhabilités, on enfouit une passerelle autoroutière. Partout des grues élèvent de nouveaux bâtiments. Symbole provisoire du renouveau de l’arrière-port marseillais, la tour CMA-CGM, futur siège social de la troisième compagnie mondiale de fret maritime, est en voie d’achèvement. Ce bâtiment, dessiné par l’architecte britannique Zaha Hadid, donne une nouvelle visibilité à Euroméditerranée, ambitieux programme d’aménagement et de revitalisation économique, sociale et culturelle lancé par l’Etat et les collectivités locales en 1995 et qui devrait être achevé en 2014.
 
Cette opération de rénovation urbaine est la plus importante en Europe du Sud (déjà 400 millions d’euros d’investissements publics et 1,5 milliard pour le privé). Elle doit transformer 310 hectares de quartiers en déshérence et de friches industrielles autour des bassins de la Joliette, au nord du Vieux- Port, et jusqu’à la Belle-de-Mai, au-delà de la gare Saint-Charles. A cette première tranche s’est ajouté, en décembre 2007, un second périmètre de 170 hectares supplémentaires, plus au nord, qui devrait être achevé en 2020. L’ambition : faire passer ce secteur où vivent 36 000 habitants d’une économie industrielle agonisante à une économie tertiaire et renforcer ainsi l’attractivité de la deuxième ville de France.
"Il s’agit, précise François Jalinot, directeur d’Euroméditerranée, d’étendre le centre-ville, très délabré et étriqué, vers les quartiers périphériques au nord pour construire le coeur d’une métropole qui va jusqu’à Arles, Avignon et Toulon." Déjà, 2 800 logements neufs ont été livrés et 2 300 autres rénovés. Côté bureaux, 360 000 m² sur le million qui sera disponible au terme de l’opération donnent à la Joliette l’allure d’un quartier d’affaires naissant, où travaillent aujourd’hui 12 000 salariés.
Pour assurer la communication entre Euroméditerranée et le centre-ville, la rue de la République, voie haussmannienne ouverte au XIXe siècle, a été requalifiée grâce au tramway. Un boulevard du Littoral va être ouvert. Il conduira à ce nouveau morceau de ville en longeant la façade maritime, depuis le fort Saint-Jean jusqu’aux "Quais d’Arenc", un futur ensemble de quatre bâtiments, dont trois tours. Yves Lion, aménageur du boulevard du Littoral, conçoit cette nouvelle artère de 1 kilomètre de long comme "une nouvelle Canebière". Marseille y trouvera, selon lui, un nouvel espace de contact avec la mer. "Il y a des villes, analyse l’urbaniste, qui digèrent mieux que d’autres la modernité. A Marseille, les évolutions sont lentes."
Pour Jean Viard, sociologue et vice-président (PS) de la Communauté urbaine Marseille-Provence Métropole, Euroméditerranée est bien plus qu’un aménageur urbain. "Il faut passer d’une histoire à l’autre et laisser aux hommes le temps d’évoluer, souligne-t-il. Que dire aujourd’hui à un vieux docker auquel il faut faire comprendre que son fils ne sera pas docker, mais travaillera dans la tour CMA-CGM ?"
En multipliant les grandes signatures d’architectes sur son front de mer, Marseille a l’ambition de rivaliser avec les villes portuaires européennes, dont la qualité de vie est l’atout primordial pour attirer les entreprises. C’est le sens, à l’autre bout de la ville, du projet de parc national des calanques, qui devrait aboutir en 2010. Celui également du label Ecocités convoité par l’établissement public pour le second périmètre ajouté en 2007. "La thermodynamique, explique François Jalinot, permettra par exemple de pomper l’eau de mer pour assurer la climatisation et le chauffage des 14 000 logements et 500 000 m² de bureaux du site."
L’extension de l’opération n’englobe pas l’enceinte du Grand Port maritime de Marseille (GPMM). Cette restriction reflète les frictions qui perdurent entre le port et les aménageurs urbains. Il a fallu vingt ans pour sortir d’une législation portuaire très contraignante le grand espace qui accueillera le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem) et le Centre régional de la Méditerranée, à la sortie du Vieux-Port. On reproche au Port, propriétaire de la bande côtière de 10 kilomètres de long et 400 mètres de large séparant la ville de la mer, de ne pas vouloir libérer ses terrains, alors que l’essentiel de son activité se déroule à Fos-sur-Mer. Les bassins est, situés dans le périmètre de la ville elle-même, enregistrent un trafic marchandises de 8 millions de tonnes - l’équivalent des ports de Bordeaux et de La Rochelle. S’y ajoute 2 millions de passagers vers la Corse et le Maghreb, mais aussi de croisiéristes, une activité dans laquelle l’économie locale place beaucoup d’espoir.
Le Port brandit son poids économique global - 227 millions d’euros de taxe professionnelle, 41 000 emplois induits, dont 19 000 dans la Communauté urbaine de Marseille - pour légitimer sa présence sur ses terres historiques. "Je comprends la pression et les besoins de la Ville sur certains espaces", déclare Jean-Claude Terrier, directeur général de GPMM. Des solutions sont mises en avant, comme la "copropriété en volume" qui permet de concéder les niveaux supérieurs d’un bâtiment à des activités non portuaires. L’idée va être mise en oeuvre avec les Terrasses du port, un centre commercial de 45 000 m² bordant le boulevard du Littoral, dont le niveau bas sera laissé au trafic des véhicules embarquant sur les ferries. GPMM promet de libérer des accès à la mer, notamment à l’Estaque, à la sortie nord de la rade, et assure jouer le jeu. Au prix de quelques loupés... Il a ainsi inauguré, en 2006, moyennant un investissement de 2 millions d’euros, une hideuse passerelle gâchant la vue sur la mer depuis le futur boulevard du Littoral. Après discussions, la construction pourrait être détruite ou corrigée.
En misant sur le tramway, l’aménagement de larges trottoirs plantés d’arbres et la généralisation de pistes cyclables, Euroméditerranée met aussi en lumière le retard pris par Marseille en matière d’aménagement urbain et de qualité de la vie. Sur les 480 hectares du périmètre, 40 seront occupés par des espaces verts ou publics, comme la place de la Méditerranée juste après les docks, ou le futur jardin de 1 hectare de la porte d’Aix, qui remplacera un tronçon de l’A7. A mesure qu’il sort de terre, le nouveau quartier "ringardise" un centre-ville encore largement dévolu à la voiture et met la pression sur les élus. Une mission commune à la Ville, dirigée par l’UMP, et à la Communauté urbaine, gagnée par la gauche en avril 2008, travaille à la rénovation du centre-ville et du Vieux-Port. Cet espace symbolique de Marseille - "un parking à bateaux entouré de bagnoles", selon Jean Viard - n’a jamais fait l’objet d’aucun aménagement d’envergure. En 2013, année de la consécration de Marseille comme capitale européenne de la culture, il devrait retrouver un rôle de place centrale. Il est prévu de rendre piéton un large espace dans le bas de la Canebière et d’aménager, au centre du bassin, un ponton flottant permettant une perspective nouvelle sur le Vieux-Port. L’aménagement devra aussi, insiste-t-on à la mission, respecter les usages locaux, comme le marché aux poissons ou le trafic des navettes vers les îles du Frioul. Les élus ambitionnent l’inscription du Vieux-Port au Patrimoine mondial de l’Unesco.
Luc Leroux
LE MONDE | 22.09.09 |
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